L’ancêtre des fab-labs

Le 2 septembre 2014 à 17h58min par Benoît Évellin
Les fab-labs sont partout : dans la presse, sur les lèvres, dans la rue. Présentés comme le nouveau facteur de faire-ensemble, c’est, pour beaucoup, une révolution. Leur montée en puissance a été initiée par le MIT, mais le principe a d’autres ancêtres : les clubs de modélisme ferroviaire [1].

J’ai eu le plaisir, adolescent, d’exercer ma passion dans un club de modélisme ferroviaire de la région de Rennes. C’était un lieu convivial, un étage d’une salle communale, où nous nous retrouvions le vendredi soir pour papoter et le samedi après-midi pour travailler. C’était à une époque où le Libre n’avait pas quitté le Net et où le Net, c’était uniquement chez certains privilégiés. C’était avant.

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Modélisme ferroviaire en 1945. 70 ans après, on y est toujours.
Des membres du Club de modèles réduits de trains de Montréal travaillent sur les voies ferrées et sur les trains.
« Hobby. Model Railroad Club BAnQ P48S1P12118 » par Conrad Poirier - BAnQ Vieux-Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons - Source

Dans ce club, et comme dans d’autres partout en France et dans le monde, chaque membre avait la possibilité de bénéficier de beaucoup de choses mises en commun, tels que des outils qu’on trouve peu chez soi (suivant les lieux : perceuse à colonne, tour, cabine de peinture, etc.) et les fournitures associées. La documentation, aussi bien sur papier par l’intermédiaire de revues ou de documents tirés des archives de la SNCF complétait le tout. L’apparition des fab-labs dans le paysage n’est qu’une suite logique de ce type de lieu. Y a-t-il eu inspiration ? Bonne question. Mais certains éléments différait radicalement : l’ouverture sur le monde et les égos. (Oui, c’est là où je balance.)

Car si certains mordus donnaient conseils et tours de main, ou étaient capables de vous bricoler un régulateur en une heure ou à vous profiler le train de roues d’une locomotive à vapeur en un après-midi, on trouvait également un sacré paquet de personnes qui n’allaient surtout pas partager ce qu’ils savaient. Et pourtant, il y avait des compétences et spécialisations, en menuiserie, électricité, peinture (pour le réel ou la miniature), décor, entretien du matériel, programmation, etc. J’ai eu la chance de tomber sur des personnes très ouvertes à l’idée de partage dans le club où j’étais. D’autres amis, eux aussi jeunes, n’avaient en face d’eux que des papys qui les regardaient avec dédain, des adultes qui estimaient que leurs idées de petits jeunes ne valaient rien, des vieux routiers du ferromodélisme pour qui la technique utilisée il y a 30 ans est la seule vraie, et d’autres qui se refusaient d’imaginer expliquer ce qu’ils faisaient. Et ça, c’était quand des jeunes avaient la chance d’être acceptés dans le cercle d’initiés.

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Faire. Mais chacun dans son coin.
Un membre du Club de modèles réduits de trains de Montréal travaille à la perceuse. Il a une loupe de précision fixée sur un verre de ses lunettes.
« Hobby. Model Railroad Club BAnQ P48S1P12114 » par Conrad Poirier - BAnQ Vieux-Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons - Source

Et ce fut leur fin à tous.

Dans les clubs que j’ai pu croiser, les jeunes sont partis, ceux qui partageaient leurs savoirs aussi, chassés tous deux par ceux qui estimaient que c’était mieux avant. Aujourd’hui, ces clubs ont globalement fermé, ou vivotent, chez l’un ou chez l’autre. Plus de projets, plus de locaux, beaucoup de regrets amers quand on recroise ceux qui ne voulaient pas que ça change.

C’est le Web qui a regroupé les passionnés, sur les forums. Imaginez un club virtuel avec des personnes qui ont les mêmes intérêts que vous [2], où l’on passe quand on veut, où l’on trouve assez facilement des tours de main, de la documentation, des personnes qui peuvent conseiller... Oh, on y trouve toujours un lot de jalousies, de « j’en fous pas une » et, par usage de l’outil, de trolls. On papote moins autour de la cabine à peinture un coca à la main, mais globalement, on finit par rencontrer des gens et par y trouver son compte : les parias d’hier peuvent librement parler de moulage en résine, de répartition de flocage par appareils électrostatiques, de programmation d’actions en Digital Command Control (DCC), etc.

Et là, arrivent les fab-labs. La première fois que j’y suis allé, ça a été magique, tout en me balançant une palette de madeleines de Proust à la troche. Tu veux avoir accès aux outils ? On te forme, tu fais, tu documentes. Tu as besoin d’un coup de main ? Tu viens tel jour, ya machin qui t’expliquera. Tu as besoin de compléments ? Va voir par là, tu y trouveras ton bonheur.

Au boulot

C’est dans un emploi du temps chargé que j’essaye, depuis quelques années, de prendre du temps pour participer à tout ça. Ma maquette actuelle, en cours depuis un moment, se veut être une plateforme d’essais pour ce type d’expériences. Prenons la photo suivante pour quelques cas pratiques :

Vous imaginez graver les briques du bâtiment du fond (aujourd’hui pré-maquette d’étude en carton, un bouzin fait 60 centimètres de long) ? Moi, je le vois de la découpe laser sur une plaque de plastique [3].

Vous pensez que le poteau à droite vaille le coup d’être taillé à la main ? J’y vois de l’impression 3D avec multiplication du modèle maître par moulage en résine [4]. Idem pour les ventilateurs des wagons (qui gagneraient à être refaits).

Et on peut continuer ! Un pilotage sans passer par de la programmation en DCC ou la gestion d’un cycle de journées ? On peut tenter Arduino. De la décoration ou la création de caches en papier ou carton ? Découpe en FAO. Et on peut y trouver bien d’autres techniques...

Pour le modélisme ferroviaire, les fab-labs, c’est le retour du futur dans le temps présent. Encore faut-il prendre le temps de la découverte.

Notes

[1Cela s’applique sûrement pour d’autres types de modélismes, mais je n’en ai jamais fréquenté et, surtout, le modélisme ferroviaire présente de très nombreux aspects non partagés par les autres disciplines.

[2Parce que être jeune ET amateur de voie étroite en club, c’est un peu l’ascension vers Golgotha.

[3Pour avoir passé une soirée à graver 2x10 centimètres de briques à la main, c’est vite décidé.

[4Cas théorique, ce présent poteau venant du commerce

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Commentaires

L’ancêtre des fab-labs

par jerome

3 septembre 2014 à 18h42min

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ici au [hack/fab]lab on a vu débarquer les amateurs de maquettes de voiture pour voir comment on pouvait collaborer ensemble. On leur a proposé d’appendre la modélisation 3D... certains sont partis rien qu’a l’idée de penser qu’il fallait qu’ils apprenne quelque chose, d’autre sont restés, on vera bien ce que ca donnera.

Voir en ligne : http://jblb.net

→ L’ancêtre des fab-labs

par Benoît Evellin

16 septembre 2014 à 23h37min

repondre message

« certains sont partis rien qu’a l’idée de penser qu’il fallait qu’ils apprenne quelque chose »

Wow.

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