Indiana (et) George

Le 30 mai 2008 à 16h35min par Benoît Évellin
Le dernier Indiana Jones est sorti, youpi. Sauf que...

Ayé, il est arrivé il y a une dizaine de jours ! Et on l’attendait, le bougre ! Je vous passe le synopsis que tout le monde a pu manger dans la presse (méchants soviets, crâne de cristal, Amazone) pour aller à l’essentiel. Si vous n’avez pas vu le film, passez à autre chose ; je ne veux pas vous gâcher le plaisir. Bref, ça commence comme un Indiana Jones, avec papy Indy qui fait des super cascades, qui se moque des méchants, et qui sait se servir d’un fouet. On s’en prend plein la gueule avec tout ce qui se passe, on saute sur des caisses, on se fait trahir, on voyage en frigo, on se tabasse dans les bars et on part au bout du monde. Le panard !

Puis intervient George Lucas. Il a dû dire à son pote Spielberg, alors qu’ils campaient au bord de l’Amazone : « Eh, tu sais, tu devrais faire comme moi avec mon dernier film ! Tu sais, celui qui a raflé une des plus grosses galettes du cinéma mondial ! Tu vois de quoi je veux parler ? »

Il veut parler des effets spéciaux.

Parce que c’est là que le film bascule ! On nous tartine le film de filtres façon jeu vidéo, avec de mauvaises incrustations de fond bleu et des cascades spectaculaires, mais peu crédibles. En prime, le scénar part en couille, la méchante n’est pas si méchante que ça, le prétexte du crâne de cristal devient ridicule, et tant qu’à faire on en profite pour faire surgir quelques extra-terrestres pour de vrai. A l’aise Blaise, t’as la 3D pour toi ! Bon, les aliens, on savait déjà qu’on en causait dès les dix premières minutes. Mais pas comme ça ! Pas avec de la lumière à fond, des effets de fumée, des tourbillons magiques et tutti quanti ! Badaboum, la magie de la première heure s’en est allée.

J’ai de plus en plus de mal avec la 3D Lissée et totalement pas réaliste qu’on croise de plus en plus dans les films à gros budget. A l’époque des premiers Indiana Jones, on n’avait pas peur de taper deux voitures entre elles. On sent le réalisme dans le début du film, avec ses cascades authentiques, où tout le monde se donne à fond. La poursuite moto/voitures est très chouette, la bagarre dans les caisses de la zone 51 est fabuleuse ! Mais l’Amazone, c’est trop difficile à filmer sans doute. La Dernière Croisade avait coûté deux fois et demie moins cher, et Lucas n’avait pas eu peur d’aller en Jordanie. Mais non, l’appel de la 3D est irrésistible... La poursuite en voitures dans la forêt est risible, longue et plate, car on y voit les défauts. Le final, on en a déjà parlé, inutile de l’écorcher d’avantage car il n’en vaut pas le coup.

George, le fautif, est un gros fana de 3D. La prélogie Star Wars en est l’excellent exemple. Les flots de circulation rectilignes de Coruscant sur fond de couchers de soleil libidineux, c’est lui ! Les hangars à vaisseaux des croiseurs sans fond et sans vie, c’est encore lui. Le gros souci avec les effets spéciaux, c’est de trouver le juste équilibre : soit on y croit, soit on n’y croit pas. Matrix 2 et 3 sont des catastrophes : on a tenté de faire mieux plutôt que de faire bien. Par contre, j’ai trouvé que la Guerre des Mondes est un bel exemple de maîtrise des effets spéciaux. De bout en bout, je suis resté scotché à mon siège tant les effets étaient réalistes et soignés. Die Hard 4, avec ses scènes réelles retouchées est aussi très bien fait, notamment la collision voiture/hélicoptère en sortie du tunnel. Excellent l’idée de remplacer l’hélico par un container ! Les effets sont bons, et on ne voit rien, sauf pour le F-35 à la fin, faute de temps. Je tiens cependant à dire, histoire de ne pas appuyer sur la tête du noyé, que l’explosion nucléaire du dernier Indiana Jones est quand même très bien foutue.

Un vieux Indiana Jones, comme un authentique Star Wars, c’est un hommage à l’ingéniosité initiée par Méliès. On n’avait pas peur de créer avec autre chose qu’un ordinateur, en le réservant (et encore) pour quelques scènes bien précises : le final de l’Arche Perdue est bien marrant dans son genre. Mais j’ai l’impression que les réalisateurs d’aujourd’hui ont de plus en plus de mal à résister à l’utilisation de la machine. S’aperçoivent-ils de la platitude que celle-ci peut engendrer ? Certains acteurs jettent d’ailleurs l’éponge. Liam Neeson, qui jouait Qui-Gon Jinn dans l’épisode I de Star Wars, a décliné l’offre pour figurer dans l’épisode II, car il en avait marre de ne jouer que sur un fond bleu.

Dur-dur de faire du bon cinéma maintenant, avec toute cette tentation... Mais, pour Indy, si on refait la fin sans effets spéciaux (quitte à voir les trucages pourris), hé bien j’y retourne de suite, et je mets ce film dans les plus beaux de ma cinémathèque. Mais là, je regrette presque la moitié de ma place de ciné. Parce que le début, c’est quand même de la balle !

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