L’autre effet Fuzz

Le 18 mars 2008 à 16h07min par Benoît Évellin
Un post à propos d’un des buzz web du moment, qui a bien besoin de soutien face à la soif financière et revancharde de certains. Je ne pensais pas en parler, car beaucoup le font déjà, mais le sujet est suffisamment important et intéressant pour en causer un brin.

Fuzz est un site proposant des informations proposées et votées par les internautes. Autrement dit, il s’agit d’un site communautaire où les informations sont classées par pertinence en fonction du vote des inscrits. Cool, hein ? Sauf que Fuzz est temporairement fermé à cause d’un nombril.

L’idée de base est sympathique : poster des liens appréciés ou les infos intéressantes et les soumettre à la communauté. Sauf que certains susceptibles n’apprécie pas qu’on parle d’eux. Malheur donc à Éric Dupin rédacteur de Presse Citron, créateur et chef de Fuzz : son sympathique agrégateur a servi (ô calomnie) poster un lien vers une petite nouvelle insignifiante à propos des amourettes d’un acteur oublié ; lien qui, par le vote des Internautes de Fuzz a logiquement et rapidement été jeté aux oubliettes en étant vu, d’après Éric, « par une dizaine de personnes ». Fin de l’histoire.

Mais guettait on ne sait (savait) quel vautour, qui, par une veille attentive et à mon avis sadique, à trouvé le petit lien. Apparemment, il y veillait depuis longtemps, le fourbe ! Sitôt le lien innocemment publié, le voilà qui fond sur sa proie tel un vautour (ce qui reste la meilleure métaphore) sur un innocent citron. Bref, dépôt de plainte en début de semaine de la part d’un acteur, qui assure là son fond de commerce, en vivant des innocents qui ont eu le malheur de parler de sa vie publique/privée. On sent l’habitude.

Mais au fait, Éric, que réclame le monsieur pour le petit lien oublié ?

Pour ce « grave préjudice », à la suite duquel le plaignant est « particulièrement choqué, blessé (...) » celui-ci me demande (vous êtes bien assis ?) :

  • 30.000 Euros de dommages et intérêts
  • 4.500 Euros en application de l’article 700 du Nouveau Code de Procédure Civile (je ne sais pas ce que c’est)
  • le retrait immédiat de l’article litigieux sous astreinte de 5.000 Euros par jour de retard
  • les frais de justice

Ah quand même.
La question qui vient à se poser est de savoir si oui ou non cette plainte est juste. Outre le débat philosophique sur la limite entre justice, raison et pardon, se pose la question de savoir si il est possible de parler de tout et d’échanger à gogo ce qu’on veut sur la Toile. Est-il encore possible de citer un site sans que cela se retourne contre soi ? Le débat devient global : d’un côté la liberté de penser et de s’exprimer, dans les limites d’un raisonnable qui reste malgré tout au seul et libre jugement humain ; de l’autre la possibilité de faire respecter son image par tous les moyens sur un moyen de communication aussi infini qu’est internet.

Chaque bord est dans son droit : le plaignant souffre d’un droit à l’image, tandis que le prévenu à droit de citation ou de critique. Dans les deux cas, une victoire de chaque camp serait profitable aux deux camps : le premier serait conforté dans le fait qu’il puisse étaler sa vie n’importe où et contrôler qui en parle, alors que le second se verrai conforter le droit de parler librement, et de citer le lien qu’il veut sans risquer de se prendre une plainte dans la tronche (n’oublions pas que Fuzz n’a pas repris l’info, mais à juste cité le lien !).

Ce qui me chiffonne c’est l’attitude du plaignant, et c’est ce qui m’a poussé à écrire ce billet. Déjà, il s’agit d’un acteur, quelque peu oublié. En fait, je n’avais pas la moindre idée de qui il s’agissait, comme beaucoup, ce qui rend à mon avis le procès encore plus affligeant quand on voit la carrière actuelle du plaignant. Autant ça serait quelqu’un de connu qui attaquerai sur un évènement dont tout le monde parle [1], je comprendrai, mais là... En prime, le monsieur n’en est pas à son premier coup : il n’y a pas que Fuzz qui rejoindra demain le banc des accusés : c’est un ratissage massif sur la Toile que nous avons là, avec certaines assignations de sites datant de fin 2007, date de la rupture sus-citée. Du coup, à défaut de gagner de l’argent en tournant, notre plaignant préfère se venger (si ça se trouve, de son histoire sentimentale non digérée) via quelques recours en justice. A ce train là, il va assurer son année de cachets sans voir une caméra.

Bref, une fois de plus, le prétexte facile de gain d’argent facile en justice revient sur le devant de la scène. Les relents de la consommation juridique qu’on peut voir outre-Atlantique ? Sans doute. Mais surtout un moyen scandaleux de se faire du blé facile sur le dos d’un internaute actif, en l’étiquetant en bouc émissaire. Le Web gronde, et à raison : les méthodes et les buts poursuivis dans l’affaire sont sacrément préjudiciables à la légitimité et à la liberté de l’Internet français...

Notes

[1* Dans le cas présent, c’est, si j’ai bien compris, sa relation avec une chanteuse qui est en cause, relation qui lui a quand même offert une carrière internationale (si j’en crois Wikipédia). Mais autant oublier en taxant des gens qui ne demandent rien...

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