Culture et numérique

#Culture et numérique : Le lien entre Culture et numérique commence à se tisser, doucement. Idées, découvertes et inspirations sont regroupées ici.

« Il nous faut du numérique »

Le 20 novembre 2015 à 11h59min par Benoît Évellin
TL ;DR : estimer que le numérique est indispensable est une course au gadget.

Dans un musée, il est possible de remplacer les cartels par des tablettes (et « être numérique »), mais si c’est pour n’y trouver dessus que le texte des vieux cartels, cela n’a absolument aucun intérêt. Le numérique est un outil, un outil qu’il convient de connaître, et non une obligation ou un phénomène de mode.

Lors de Museomix 2015 au musée de Bretagne, les participants étaient surpris du fait que j’affirme que leurs prototypes n’avaient aucune obligation d’intégrer des briques numériques. Certains pensaient que c’était obligatoire, dans l’ADN même de l’événement ; d’autres ont confirmé que d’autres éditions interdisaient les projets sans numérique [1].

Le numérique est un outil, un outil qu’il convient de connaître donc, que ce soit dans une institution culturelle ou dans la vie de tous les jours. Si le bon sens fait qu’on ne prend pas de tractopelle pour planter des clous, il faut qu’il en soit de même pour les outils (issus du) numérique(s). Le choix d’un outil numérique doit répondre à un besoin réel. Le simple besoin d’une interaction n’est pas un besoin suffisant : il est possible de faire des dispositifs interactifs ou de réalité augmentée sans passer par le numérique. (Je retiens l’idée pour un prochain billet.)

L’écran, icône du numérique, ne révolutionnera pas l’expérience de visite s’il n’y a pas de vraie questionnement de cette expérience. Estimer que l’installation d’une borne interactive dans une salle attirera « les jeunes » ou croire que coller des QR codes dans une publication la rendra plus attirante est une illusion. Ce type de cautère sur jambe de bois n’est pas non plus d’une innovation, comme j’ai parfois pu l’entendre dans de précédentes expériences.

L’innovation, elle, vient de l’intégration des pratiques que le monde du numérique est capable de mettre en place : méthodes de co-création, intégration de l’utilisateur dans le processus de création, culture du changement, etc. Cela nécessite bien entendu des efforts et, parfois, des moyens techniques (non, cela n’est pas systématiquement cher ; non cela n’est pas systématiquement technique).

Comme dit la publicité, « n’hésitez pas à consulter un spécialiste ». :)

Open data v2 : mutualisation et accomagnement

Le 12 juin 2014 à 23h35min par Benoît Évellin

L’ouverture est à la mode

A l’heure actuelle, j’ai l’impression que les projets participatifs et collaboratifs ont la cote. On parle de crowd-funding, d’encyclopédies participatives, de do-it-yourself. On constate une augmentation de la (re)connaissance des licences libres. L’open data n’est pas en reste, avec l’ouverture des données qui permettent à tout un chacun d’imaginer des usages et des applications inédites, créatrices de richesses.

Cela passe par un accroissement significatif du « crowd-sourcing » : le créateur de données peut être n’importe qui dans la foule (institution, association, laboratoire, entreprise, particulier…). Un éditeur de données (lui même (institution, association, laboratoire, entreprise, particulier…) permet au créateur de publier ses données sous licence libre. Les risques sont peu importants pour l’éditeur : le créateur est responsable de ses données, la loi protégeant l’éditeur des données.

Ouvrir pour diffuser

L’utilisation de licences libres pour diffuser ces données est primordial. Elles sont les seules qui permettent de garantir une pérennité et une ouverture des données offertes. Après avoir tenté de créer diverses licences, les institutions publiques qui furent pionnières en la matière ont cessé de vouloir mettre leurs conditions particulières. Le choix ne porte plus qu’entre deux licences (Licence ouverte et ODbL), dont la seule différence est de prévoir pour la première de ré-enfermer les donnés et pour la seconde de reverser les données au pot commun. Sur ce point, les opinions divergent, personnellement je rejoins Valérie Peugeot qui déclare :

Les données produites par la puissance publique avec l’argent public doivent rester libres de réutilisation.

La diffusion devient donc la norme, bien qu’il y ait un essoufflement des ouvertures et toujours une frilosité de la part des décideurs (l’inconnu fait peur !). L’ouverture et la transparence sont donc de mise, et la rétention d’information devient suspecte. Mais ouvrir des données ne détruit pas les éditeurs et les influenceurs qui, auparavant, se basaient sur des données fermées pour créer une richesse. Ils ont toujours un travail de tri et de conseil à réaliser pour que le public s’y retrouve dans ces données.

De nouveaux usages qui se créent et qui s’imposent

Les données sont réutilisables par tous, pour des usages inconnus ! Le diffuseur (aidé par l’éditeur) offre donc la matière première pour laisser place à l’imagination. Une ouverture maximale et réelle est indispensable. Elle passe par trois points.

Tout d’abord, une normalisation (qui attend d’exister) pour permettre aux réutilisateurs à croiser les données (comment croiser deux jeux de données portant sur la même chose s’ils ne sont pas formatés d’une manière proche ?), et un accompagnement à la mise en place de ces normes (formations, réflexion sur les outils et les pratiques...).

Ensuite, la mise en place d’outils d’édition tout aussi ouverts et libres que les données, garants d’une diffusion constante et sans surprises. L’option « partenariat public-privé », que l’on trouve proposée par certaines collectivités pour « faciliter » la diffusion des données, n’est pas acceptable. Les données ouvertes sont un service public, qui doit le rester. Confier cela à des tiers qui ne garantissent ni pérennisation ni accès total aux données, ou utiliser des outils dont on ne peut pas comprendre le fonctionnement est ni plus ni moins dangereux.

Enfin, la création d’outils permettant une manipulation simple des données par des réutilisateurs de tous types, destinés à une appropriation.

L’open data en France souffre aujourd’hui de ces trois points indispensables, comme le remarque le rapport du Sénat en date du 13 juin 2014, alors qu’« open data » est un mot entré dans les usages. C’est aussi grâce à ces trois facteurs de succès qu’on pourra tordre l’idée que les données ouvertes ne sont accessibles qu’aux seuls informaticiens. « L’open-data est un mouvement de fond qui a enfin laissé derrière lui les cheerleaders de tout ce qui est nouveau. » Il est à la recherche d’un second souffle, que les pouvoirs publics et les statuts privés en délégation de service public ont le devoir d’accompagner.

Besoins et usages

Aujourd’hui, la question des licences est résolue et l’ouverture semble s’imposer comme indispensable. Il se pose toujours le problème des outils. En effet, comme évoqué plus haut, la dispersion des formats et l’absence de normalisation sont handicapants. D’autres éléments sont à ne pas perdre de vue lors de la création d’outils destinés à mutualiser les données.

A cela s’ajoute l’éditeur, en tant qu’agrégateur des données, qui héberge des données qui ne lui appartiennent pas. Un rôle peu visible ? Non : celui-ci a un rôle d’animation, de mise en valeur et d’accompagnement ; un rôle de service public à part entière. C’est un rôle pour lequel il faut aujourd’hui quelque chose de rare : des moyens.

Travailler ensemble

La conclusion sur le manque de moyens est fort peu encourageante, je le concède. Mais elle reste encore celle qui est top souvent partagée, le prétexte pratique.

Stop ! Il est temps de changer aussi les habitudes : pourquoi un service public ne pourrait-il pas être réalisé conjointement par ceux qui sont payés pour et ceux qui croient ? Les associations peuvent entrer dans la danse, et travailler conjointement à la mise en place d’une v2 de l’open data en France.

Il convient donc de conclure en mentionnant l’excellente initiative ODE, un projet piloté par trois acteurs associatifs nantais : l’association d’open data LiberTIC, l’entreprise en solutions libres Makina Corpus et l’acteur associatif culturel Stereolux. A trois, ces derniers prennent le taureau par les cornes pour nous présenter un outil fiable, à portée publique.

On avance !

Liberté de panorama

Le 21 novembre 2011 à 15h43min par Benoît Évellin
Messieurs Tardy et Dionis du Séjour, députés, ont déposé une proposition d’amendement pour l’article L. 122-4 du code de la propriété intellectuelle français, visant à créer une « liberté de panorama » en France.

Actuellement, il est illégal de diffuser une photographie (par exemple) de ce qu’on appelle, dans le jargon des photographes qui travaillent légalement, un « bâtiment récent ». Ce terme désigne une construction, présentant, à priori, une originalité telle qu’on peut lui conférer le statut d’œuvre. Son architecte possède donc des droit quant à la diffusion de l’image de son œuvre ; droits étendus à 70 ans après sa mort afin que sa descendance en profite. Pour résumer, prenez une photo d’un bâtiment construit récemment près de chez vous, mettez la en ligne sous licence libre ou pour illustrer votre site où vous avez quelques pubs : paf, vous avez enfreint la loi.
Exemple :

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Tour de l’Éperon
Construite en 1975 par l’architecte Louis Arretche.

Aviez-vous déjà pensé à cela avant de montrer le bâtiment où se situe votre entreprise ou en présentant à vos proches, via un service en ligne, le centre culturel de la commune où vous avez été durant vos vacances ? Cela, une majorité de personnes l’ignorent.

J’ai pu le constater en vérifiant les photographies pour le concours Wiki loves monuments, où des participants, incrédules, se voyaient refuser leurs photographies. Je passe sur les cris et lamentations (« c’est ainsi qu’on censure la diffusion de la connaissance »), en particulier quand un auteur est décédé il y a 69 ans. « Madame, monsieur, dura lex, sed lex, et écrivez à votre député. » Certains l’ont-ils fait ?

Bref, hormis la perte pour l’architecte de quelque argent sur la vente de cartes postales, l’adoption de cet amendement, outre les justifications présentes dans la proposition, permettrait de rendre légale une pratique coutumière, tout en permettant à bien des personnes et des organisations de pouvoir photographier, éditer et illustrer en paix [2]. Reste à l’adopter !

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Notes

[1J’en restais coi.

[2Sans compter que Wikipédia gagnerait en illustrations légales, enfin !

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